Dr Romain Lasseur, président IZIgroup et expert européen sur les espèces envahissantes
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A+A s’entretient avec Romain Lasseur, Docteur en toxicologie animale et expert européen en faune invasive, mais aussi chef d’entreprise visionnaire
Le Dr Romain Lasseur ne mâche pas ses mots dans le débat public sur les nuisibles en environnement urbain. À ses yeux, l’emballement médiatique autour du hantavirus met en lumière une réalité plus structurelle : la gestion des rongeurs se joue désormais à l’intersection de dynamiques sanitaires, écologiques, organisationnelles et sociétales, dont l’interaction agit parfois comme un rayon paralysant. Huit questions posées à ce scientifique qui cherche, et trouve.
A+A Désinfection. Selon vous, le hantavirus est-il un risque émergent sérieux et mérite-t-il un tel battage médiatique ?
Romain Lasseur. Le hantavirus n’est pas un phénomène nouveau. Il s’agit d’un ensemble de virus présents depuis longtemps dans certaines populations de rongeurs, avec des variantes régionales en Europe, en Asie et en Amérique. Ce qui change aujourd’hui n’est pas le virus lui-même, mais sa visibilité. Les cas humains restent rares dans la majorité des pays européens, mais leur médiatisation tend à amplifier la perception du risque. Sur le plan épidémiologique, la logique est stable : la probabilité d’exposition augmente avec la densité de rongeurs et les conditions environnementales favorables à leur prolifération. Le virus, lui, demeure constant.
À partir de quel seuil la situation devient-elle critique ?
Il n’existe pas de seuil universel. Le risque résulte d’une combinaison de trois variables : densité de population, fréquence d’exposition humaine et caractéristiques du terrain. Dans les faits, les situations à risque sont presque toujours identifiées tardivement. Elles s’installent progressivement, souvent à travers une succession d’indicateurs faibles : traces, odeurs, bruits ou dégradations matérielles. L’un des principaux enjeux réside dans le décalage entre perception et réalité, dans un contexte influencé par la méconnaissance grandissante du phénomène animal.
Comment se produit la transmission à l’être humain ?
La transmission est rarement directe, notamment par les morsures. Elle intervient principalement par inhalation de particules contaminées issues d’urine, de déjections ou de matériaux souillés. Dans la pratique, les environnements clos ou mal ventilés constituent les principaux contextes à risque : caves, locaux techniques, zones de stockage. Les rongeurs agissent comme réservoirs biologiques. Ils hébergent des agents pathogènes sans développer systématiquement de symptômes, ce qui rend leur circulation difficile à détecter en amont. Le facteur déterminant n’est pas la présence ponctuelle, mais l’installation durable et dense de la population colonisatrice.
Urbanisation, climat et réglementation : quelles évolutions observe-t-on ?
Les dynamiques actuelles ne peuvent être attribuées à une seule cause. Les environnements urbains offrent des conditions structurellement favorables à certaines espèces opportunistes : disponibilité alimentaire, continuité des abris, densité humaine. À cela s’ajoutent des facteurs organisationnels. La gestion des nuisibles implique désormais des contraintes réglementaires et sociétales plus fortes, notamment en matière d’usage des biocides et d’impact environnemental. Dans ce contexte, les délais d’intervention peuvent s’allonger, ce qui modifie mécaniquement la dynamique de prolifération. Le phénomène est à la fois idéologique et opérationnel : il relève d’un ajustement entre des exigences parfois contradictoires, consistant à temporiser l’action sans assumer la cohabitation qui en résulte.
Les solutions “grand public” montrent-elles des limites ?
Les solutions disponibles reposent sur une logique de traitement symptomatique et ponctuel plutôt que sur l’analyse systémique. Les interventions sont inefficaces, voire inadaptées lorsqu’elles sont appliquées sans diagnostic préalable. Il faut bien comprendre que l’on fait face à des animaux, qui s’inscrivent instinctivement dans un rapport de force consistant à sécuriser/s’approprier durablement un territoire. Le risque réside alors dans le retard de prise en charge professionnelle. Par ailleurs, la profusion d’informations techniques accessible sur Internet contribue à une surestimation des capacités d’intervention autonome.
Quand faudrait-il recourir à un spécialiste ?
Dès lors que l’identification précise de l’espèce ou la stratégie de traitement ne sont pas clairement établies. La gestion des rongeurs repose sur des paramètres biologiques, environnementaux et structurels qui nécessitent de fait une lecture systémique. Des entreprises spécialisées comme A+A Désinfection interviennent sur cette base méthodologique, combinant diagnostic, stratégie et suivi dans le temps. L’expérience terrain reste un facteur déterminant, notamment dans la capacité à adapter les protocoles à des contextes variables.
La profession parvient-elle à suivre l’évolution des invasions animales « nuisibles » ?
Les exigences actuelles interviennent simultanément sur plusieurs axes : efficacité opérationnelle, réduction de l’impact environnemental et conformité réglementaire. Dans ce cadre, le rôle du technicien devient central. Il assure l’ajustement entre contraintes théoriques et réalités de terrain. Des structures de formation continue, telles que IZIPest, le centre de formation du Pest control que j’ai co-fondé, participent à l’actualisation indispensable des savoirs et des compétences dans ce domaine éminemment labile.
Pour conclure notre entretien, quel message adressez-vous à nos lecteurs, professionnels de l’immobilier ou simples usagers ?
La prévention repose sur une lecture fonctionnelle de l’environnement : disponibilité alimentaire, accès à l’eau, possibilités d’abri pour les animaux invasifs. Une simple analyse de ces facteurs permet d’anticiper une grande partie des situations à risque. Au-delà, la rapidité d’intervention reste déterminante. Dans la gestion des rongeurs, le facteur temps est souvent plus critique que la méthode elle-même. Faites confiance aux professionnels de la désinfestation, c’est un métier !
