Philippe Mercier, Sous-directeur Gérance, Responsable Technique et Rénovation Durable chez Pilet & Renaud
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A+A s’entretient avec Philippe Mercier, Sous-directeur Gérance, Responsable Technique et Rénovation Durable chez Pilet & Renaud, sur la gestion des nuisibles en milieu urbain
Qu’en est-il des infestations chroniques touchant les lieux d’habitation et de travail des Genevois ? Pour répondre à cette question, nous avons le plaisir d’interroger Philippe Mercier, dont l’expérience nous éclaire sur la perception qu’ont les régies immobilières de ce phénomène, directement lié à l’intensification des déplacements internationaux par avion.
Quels sont les nuisibles les plus récurrents dans les immeubles que vous gérez à Genève, et peut-on en identifier les premiers signes ?
Les blattes arrivent en tête des nuisibles rencontrés, devant les rats et les punaises de lit. Les rats restent généralement cantonnés aux sous-sols et aux zones techniques, surtout dans les immeubles anciens. Ils sont souvent liés à des points d’entrée identifiables et donc maîtrisables. Les blattes et les punaises de lit sont plus complexes : elles peuvent apparaître dans n’importe quel type de bâtiment, ancien comme récent. Les premiers signes sont souvent détectés par des contrôles réguliers d’entreprises spécialisées, ou grâce à la vigilance des concierges et locataires. Dans certains immeubles déjà touchés, nous organisons des campagnes préventives périodiques.
Lorsqu’une infestation de punaises de lit est détectée, quelle est la procédure et qui paie ?
La priorité est d’agir immédiatement. Dès qu’un cas est identifié, un partenaire spécialisé intervient sans attendre pour contenir l’infestation et éviter sa propagation à l’ensemble de l’immeuble. La régie prend en charge l’intervention initiale. Ensuite, la refacturation éventuelle au locataire dépend de la situation, mais elle est traitée séparément. L’objectif principal est d’éviter toute extension du problème.
Comment gérez-vous les plaintes liées à l’hygiène (odeurs, insectes, comportements des locataires) ?
Une plainte ne reflète pas toujours une réalité objective : il peut s’agir de conflits de voisinage. Le rôle du concierge est central pour vérifier les faits sur le terrain. Dans les cas avérés, la régie s’appuie sur des témoignages croisés et des observations concrètes. Nous distinguons du mieux possible les situations réelles des tensions interpersonnelles.
Qu’attendez-vous d’un partenaire intervenant sur les nuisibles ?
De la réactivité avant tout. Quand un problème est signalé, nous transmettons l’information immédiatement pour que le prestataire intervienne dans les plus brefs délais. De notre côté, nous gérons les difficultés ordinaires : impossibilité d’accès à un logement, réticences de certains locataires, etc.
Existe-t-il une politique de formation interne sur la gestion des infestations ?
Nous ne disposons pas de programme spécifique, mais nous organisons des séances de sensibilisation ponctuelles avec nos partenaires spécialisés, notamment sur le sujet des détections canines ou des protocoles d’intervention. En revanche, une procédure interne existe pour les cas de punaises de lit ou de blattes, afin de garantir une réaction standardisée et immédiate.
Les formations professionnelles abordent-elles suffisamment ces sujets ?
À ma connaissance, il n’existe pas de module spécifique dédié aux nuisibles dans les formations du secteur immobilier. Le sujet est évoqué, indirectement, sur les aspects administratifs ou de responsabilité. Mais il n’est pas encore traité comme un enjeu technique à part entière, contrairement à l’énergie ou à la rénovation durable.
Selon vous, la collecte des déchets et l’hygiène urbaine sont-elles bien gérées à Genève ?
Genève est une ville bien organisée. Les problèmes proviennent davantage des usagers : conteneurs mal fermés, déchets sortis trop tôt, ou gestion insuffisante des déchets commerciaux. Ce sont ces pratiques qui créent des conditions favorables aux nuisibles.
Les normes et types de construction influencent-ils la présence des nuisibles ?
Les constructions récentes, plus étanches et homogènes, réduisent fortement les risques d’intrusion et de propagation d’un appartement à l’autre. En revanche, les bâtiments anciens offrent davantage de cavités et d’espaces favorables à la circulation des nuisibles, notamment les parquets avec vides techniques, qui permettent aux punaises de lit de s’y réfugier et de prospérer.
Observez-vous une évolution des comportements des locataires ?
Oui, notamment sur les questions énergétiques et environnementales. Les locataires sont plus attentifs à leur consommation et posent davantage de questions. En revanche, on observe une moindre tolérance à la présence d’éléments naturels dans l’environnement immédiat : insectes, oiseaux, végétation. Ce qui était autrefois accepté devient aujourd’hui source de plainte.
Pour conclure notre entretien, pensez-vous que la gestion des nuisibles et des équilibres sanitaires dans les immeubles va devenir un enjeu plus central à Genève ?
L’urbanisation renforce la proximité entre humains et environnement naturel. Le niveau d’exigence des habitants évolue : l’acceptation de la cohabitation avec d’autres formes de vie diminue, ce qui accentue la perception des nuisances. Chez Pilet & Renaud, la gestion des nuisibles s’inscrit dans une démarche plus large de responsabilité environnementale. Une charte éthique encadre les collaborateurs et les prestataires, et un service dédié à la rénovation durable promeut des chantiers à faible impact et une meilleure gestion des ressources. Des guides de bonnes pratiques sont remis aux locataires pour favoriser des comportements plus responsables au quotidien.
